samedi 30 juillet 2016

Y a-t-il un au-delà du traumatisme ?

Shimou na ha-morim : Ecoutez donc, ô rebelles !

Shimou na ha-morim, c’est ainsi que Moïse s’adresse aux enfants d’Israël dans le désert, alors que ces derniers se sont soulevés contre lui et son frère Aaron en raison de la pénurie d’eau qui les frappe. 

La suite est connue : Moïse, sur ordre de Dieu, fera jaillir l’eau du rocher et son peuple s’abreuvera. 

Mais au même moment, Dieu s’adresse aux deux frères et leur dit : « Parce que vous n'avez pas cru en moi, pour me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël, vous ne ferez point entrer cette assemblée dans le pays que je leur donne. » 

En effet, Moïse et Aaron n’ont pas « parlé » au rocher comme le demandait Dieu, mais Moïse l’a frappé à deux reprises. 

Fin du voyage pour Moïse et Aaron. 

Les commentateurs avancent fréquemment que la colère divine trouve son origine dans la désobéissance de Moïse à Dieu.

Mais un midrach propose une toute autre hypothèse : le terme Morim, qui signifie donc « rebelles », est construit sur la racine quadrilittéraire MR’M (Mem, Rech, Youd, Mem)

Qui est également celle de Miriam, la soeur de Moïse qui vient de mourir et qui est si importante dans son histoire. 

Ainsi, quand Moïse, en deuil de Myriam,  s’adresse au peuple d’Israël, c’est aussi de Miriam, dont il parle. 

Quand Moïse s’adresse au peuple d’Israël, c’est à Myriam qu’il s’adresse.

Et Dieu va considérer que ce deuil qui affecte son prophète, et qui le rend donc inapte à l’écoute, ne lui permet pas de conduire avec efficacité son peuple en terre promise. 

Il perd son statut de leader pourrait-on dire. Il n’y entrera donc pas. 

J’aime bien ce Midrach car comme c’est souvent le cas, il vient totalement subvertir une lecture strictement textuelle. 

Il nous rappelle qu’il y a toujours un autre texte à lire, ce qui est vous le savez, l’enseignement de la psychanalyse. 

C’est comme cela que nous lisons le texte des rêves de nos patients.
C’est comme cela dirais-je même, que nous les écoutons. En les lisant autrement. 

La mort de Miriam comme traumatisme ? En tout cas, c’est ici affaire de lettres. 
Et le maniement de la lettre nous intéresse au plus haut point comme psychanalystes.


Nous savons, et cela a été à plusieurs reprises rappelé depuis le début de ce colloque que Freud invente la psychanalyse avec la question du trauma. 

Et il qu’il clôt sont travail en 1938 avec cette même question, dans l’un de ses derniers textes, resté d’ailleurs inachevé, Le clivage du Moi dans le processus de défense où il l’aborde au travers d’un cas de 
« séduction » infantile ayant conduit à un clivage du moi et à la création d’un fétiche.

C’est dire à quel point elle est essentielle dans notre champ.

Il convient toutefois de s’accorder sur le terme trauma. 

De s’accorder parce ce que ce terme est souvent, dans notre modernité, devenu l’autre nom d’un mal-être, qui justement ne sait pas dire son nom : le trauma devient permanent   

Une nouvelle revendication est ainsi née : Je suis traumatisé ! 
Avec comme conséquence immédiate, celle d’une demande permanente de réparation. 

Freud, lui, est très précis quant à ce qui fait trauma. Cela a été évoqué, je n’y reviens pas.

En revanche, je vais m’intéresser au titre de ce qui nous réunit ici : « Conséquences subjectives et sociales actuelles du traumatisme psychique »

Que je transforme, ici, en Israël en : « Conséquences subjectives et sociales actuelles du traumatisme psychique de la Shoah »

Pourquoi ? 

Parce que, lors de mes conversations préparatoires à ce colloque avec nos collègues israéliens, nombreux sont ceux qui ont fait valoir l’omniprésence dans leur clinique de la référence à la destruction des Juifs d’Europe, pour reprendre l’expression de Raul Hilberg. 

Omniprésence de cette question en Israël, dont on sait qu’elle est éminemment liée à sa création même. 

Une initiative, il y a quelques années, en témoigne particulièrement selon moi : de jeunes israéliens manifestèrent le désir de se faire tatouer le numéro d’un de leurs grands-parents déportés. Même si cette initiative fut très fortement critiquée dans l’opinion israélienne, et pour des raisons très diverses, elle n’a cessé de faire des émules. 

Qu’en disaient les promoteurs : 

Dorit, fille de survivants :  « Pour ceux de la génération précédente qui ont été élevés par des parents rescapés, c’était la monstruosité qu’il ne fallait jamais évoquer.
Eux, par contre, en parlaient tout le temps. La nuit, ils faisaient des cauchemars. Ils se réveillaient en hurlant dans leur langue maternelle. Depuis la fin de la guerre, tous ces gens vivent entourés de fantômes » 

Ayal, petit-fils de déporté :  « Le cheminement a été long, douloureux. J’étais taraudé depuis longtemps par l’envie de le faire mais ce n’est qu’au terme d’un processus très lent, d’une maturation qui a duré des années que je me suis décidé …

Un jour, en Argentine, j’ai vu un troupeau de vaches aller à l’abattoir, un numéro tatoué sur l’oreille. Cette vision d’animaux qu’on traînait vers la mort et dont l’identité était réduite à un numéro m’a bouleversé. Cela m’a rappelé ce que mon grand-père avait subi » 

Ainsi d’un côté le silence absolu sur l’évènement.  De l’autre sa résurrection au travers de l’une de ses manifestations les plus emblématiques. Cela porte un nom en psychanalyse : refoulement et retour du refoulé. 

Ecoutons Freud : «  Si dans le vécu récent, à un moment quelconque interviennent des impressions, des expériences qui ressemblent tellement au refoulé qu’elles sont capables de le réveiller, le récent se renforce alors de l’énergie latente du refoulé et le refoulé entre en jeu de manière effective derrière le récent et avec son aide. »

David Grossman, l’écrivain israélien, apporte quant à lui sur cette question un éclairage particulièrement courageux et lucide :  

Dans un entretien accordé récemment à des psychanalystes français, il déclare ainsi  : 

«  Toute menace est réellement perçue par nous comme une menace existentielle. Je dirais même plus : nous avons cette obsession d’avoir affaire à des menaces existentielles. Parfois on a l’impression qu'il faut créer de toutes pièces une menace existentielle une fois disparue la menace précédente…Comme si nous avions besoin de sentir tout le temps un danger existentiel »

Et il poursuit : « Nous disons que nous ne voulons plus être victime, mais nous créons sans cesse des situations dans lesquelles nous le sommes ou dans lesquelles nous nous sentons comme tels. Et quand une occasion se présente, susceptible de nous en libérer, nous ne la saisissons pas. Je vois bien comment nous sommes fascinés par le sentiment d’être coincés en un lieu d’où nous pouvons dire que personne ne nous comprend »

Avant de conclure : « Notre carburant est cette sorte d'affront national. L'affront est un mot très important dans notre psychologie. C’est une situation d'affront découlant de la façon dont nous avons été traités dans l’histoire, l'affront de la Shoah, que des choses aussi terribles aient pu nous être faites, l'affront d’avoir été incapables de nous défendre tout au long de l’histoire jusqu’à la création de l’État d'Israël. L'affront est un de  ces sentiments qui nous ramène à l’enfance. On se conduit alors d’une façon très infantile »

Je crois pour ma part que ce témoignage subsume l’ensemble de la question traumatique en Israël. Et peut-être même pour nombre de Juifs…

Comme par exemple le fait de considérer toute menace comme une prophétie. 

En conséquence, je propose l’hypothèse que c’est parce que quelque chose n’a pas été analysé, que le traumatisme de la destruction des Juifs d’Europe produit encore ses effets délétères. Que le refoulement de l’évènement Shoah, mais aussi de la longue histoire de ce peuple, pèse encore aujourd'hui sur la modernité israélienne, et juive d’ailleurs. 

Car, et c’est encore un enseignement de Freud, seul le refoulement, c’est à dire son passage par l’inconscient, peut donner à cette transmission, des effets aussi puissants. 

Et qu’il nous est permis de traiter les peuples comme nous traitons le névrosé individuel. Pas de transmission sans refoulement.

Il nous rappelle, d’ailleurs, dans « son » Moïse, que le refoulé,  s’il est constitué de « contenus vécus par soi-même »  l’est également « des contenus apportés à la naissance, des éléments d’origine phylogénétique, un héritage archaïque »

Héritage archaïque dont il précise la teneur :  un certain nombre de dispositions précises propres à tous les êtres vivants, certes, mais surtout, cet héritage « a pour commencer le caractère universel de la symbolique du langage. La représentation symbolique d’un objet par un autre est tout à fait courante chez nos enfants…Nous ne pouvons pas prouver comment ils ont fait pour l’apprendre… Il s’agit d’un savoir originel que l’adulte, plus tard, a oublié. » 


Jacques Lacan, dans son retour à Freud, c’est à dire comme il le précisait, « dans son retour au sens de Freud » très vite rappelle que le langage préexiste au sujet, et que ce dernier lui est assujetti. 

Il avance ainsi que « l’inconscient est structuré comme un langage » et qu’à ce titre, il en subit les lois : celle de la métaphore où un signifiant, un mot, est en lieu et place d’un autre dans un rapport de similarité et celle de la métonymie où un signifiant se substitue à un autre dans un rapport de contiguïté.

La métaphore et la métonymie, précise t-il, qui correspondent chez Freud à la condensation et au déplacement, dont il nous a apporté la démonstration qu’ils étaient à l’oeuvre dans le travail du rêve dans sa décisive Traumdeutung.

Freud ne dit pas autre chose quand il affirme dans L’homme Moïse… : « La symbolique passe aussi par-dessus les différences de langue. Des recherches révéleraient vraisemblablement qu’elle est ubiquitaire, la même chez tous les peuples. »

En 2012,  le film israélien Numbered donne la parole à des rescapés d’Auschwitz, tatoués donc, et à leurs descendants.

Montrant son bras, l’un d’eux concède : « Ce n’est pas une cicatrice, c’est une médaille. » 

Un autre : « J’aime bien l’été, car on peut voir mon bras…c’est un signe prestigieux aujourd’hui. J’ai un numéro. Je suis une célébrité. »

Ainsi la lettre prend corps, sous la forme de chiffres certes : mais ne dit-on pas d’un message codé qu’il est chiffré ? Le chiffre en matière de terminologie militaire, c’est le codage. Donc un texte écrit avec un autre texte. 

Il y a également, dans ce film, deux passages que je voudrais vous rapporter  : le premier c’est celui où une femme, fille de déporté, et qui a souhaité se faire tatouer en hommage à son père mort son numéro de déporté, réalise après-coup qu’elle a fait une erreur en le communiquant au tatoueur : ce numéro qu’elle connait parfaitement - c’est le code de son coffre, le mot de passe de ses comptes…- elle le modifie au moment même où son corps va en être marqué. 

L’autre passage concerne une femme qui témoigne de son impossibilité à se souvenir du numéro inscrit sur son bras. Alors, dit-elle, qu’elle se souvient parfaitement de la pointure des chaussures de chaque membre du kibboutz où elle se trouvait des décennies plus tôt…

Acte manqué, oubli…l’inconscient et ses manifestations.

Dans un autre ordre d’idées, on peut remarquer que le signifiant de l’extermination des Juifs a évolué. On disait autrefois Génocide, Holocauste jusqu’à ce que Shoah s’impose, en dehors d’Israël où il a été officialisé en 1953 par une loi devant le parlement, avec le film de Claude Lanzmann. 

Signifiant qui s’ouvre comme tout signifiant à de multiples signifiés. Signifiant étranger - sauf pour les israéliens ou les hébraïsants - qui peut aussi apparaître comme la tentative de trouver « le » signifiant irréductible.  

A ce sujet, Lacan affirmait, je le cite que , « l’interprétation - l’interprétation analytique - il est bien clair qu’elle n’est pas ouverte à tous les sens, qu’elle n’est point n’importe laquelle, qu’elle est une interprétation significative et qui ne doit pas être manquée. Ce qui n’empêche pas que ce n’est pas cette signification qui est pour le sujet, pour l’avènement du sujet, essentielle, mais qu’il voit - au-delà de cette signification - à quel signifiant…non-sens, irréductible, traumatique, c’est là le sens du traumatisme…il est, comme sujet, assujetti. »

Charles Melman rapporte que « Lacan regrettait ne pas avoir été Juif. Parce que ce qu’il estimait, c’était que les Juifs étaient des lettrés, qu’ils avaient appris à lire très tôt, avant tout le monde… »

Il ajoute que nos symptômes et notre destinée ne sont que l’effet d’un certain nombre de jeux de lettres ?

Et une cure, quoi d’autre sinon le déchiffrage de ces inscriptions littérales ?


Il nous reste donc à savoir si nous privilégierons « rebelle » ou « Miriam » ?

Intervention au Colloque sur le traumatisme psychique - Tel Aviv - Février 2016

mardi 22 mars 2016

L’échec de la civilisation

Le 30 juillet 1932, Einstein, le physicien, adresse, à l’invitation de la Société des Nations, une lettre à Freud, le psychanalyste, intitulée Pour un pacifisme militant 1 : il l’interroge sur la possibilité « d’affranchir les hommes de la menace de guerre » et invite « le spécialiste de la volonté et du sentiment humains » à se prononcer sur les « moyens éducatifs » c’est-à-dire « étrangers à la politique » susceptibles « d’écarter les obstacles psychologiques » sur la voie d’une solution à cette menace.

Einstein avance que la mise en place d’une autorité législative et judiciaire supra nationale serait à même de régler les conflits naissant entre Etats. Que l’insuccès au cours des dix années passées - nous sommes en 1932 et les fascismes s’installent progressivement en Europe - d’une telle initiative, en raison, notamment mais principalement de l’inertie des masses, pourtant premières victimes des effets de la guerre, trouverait son explication dans les ressorts psychologiques des individus qui 
« se laissent enflammer jusqu’à la folie et au sacrifice. »

Il propose alors cette hypothèse : « L‘homme a en lui un besoin de haine et de destruction. En temps ordinaire, cette disposition existe à l’état latent et ne se manifeste qu’en période anormale ; mais elle peut être éveillée avec une certaine facilité et dégénérer en psychose collective. C’est là, semble- t-il, que réside le problème essentiel et le plus secret de cet ensemble de facteurs. Là est le point sur lequel, seul, le grand connaisseur des instincts humains peut apporter la lumière. »

Il précise que par facilité il n’a considéré que la guerre traditionnelle entre Etats alors qu’il convient également d’appliquer sa démonstration aux guerres civiles et aux persécutions des minorités nationales.
Et de conclure : « Existe t-il une possibilité de diriger le développement psychique de l’homme de manière à le rendre mieux armé contre les psychoses de haine et de destruction ? »

Freud accepte de bonne grâce cet échange épistolaire et lui répond, longuement, dès septembre 1932.
Il commence par rappeler que droit et violence sont antinomiques et que la seconde est cause du premier.
Aux origines, la suprématie physique s’est imposée afin de résoudre les conflits d’intérêts.

C’est vrai dans le règne animal comme dans les sociétés humaines. Qui présentent toutefois le privilège d’y adjoindre le conflit d’opinions.

La suprématie intellectuelle s’imposera avec l’apparition des armes, mais le but restera identique : « L’une des parties aux prises doit être contrainte, par le dommage qu’elle subit et par l’étranglement de ses forces, à abandonner ses revendications ou son opposition » La mort de l’adversaire marquant l’acmé de la violence.

Freud aborde ensuite la thèse qu’il a soutenue dans ses ouvrages précédents et notamment dans Totem et tabou (1913) et Psychologie des masses et analyse du moi (1920) : la condition de la formation d’une masse au service d’intérêts communs n’est rendue possible que par les liens affectifs qui y président. L’histoire de l’humanité poursuit-il, est celle de la succession de conflits : entre villes, pays, tribus, empires…conflits résolus la plupart du temps par la guerre qui aboutit « au pillage, à la soumission complète, à la conquête de l’une des parties. »

La guerre toutefois n’est pas contestable par principe, car elle peut aussi contribuer à instaurer une paix durable sinon éternelle : et de prendre l’exemple des conquêtes romaines apportant la Pax Romana aux pays de la Méditerranée ou encore celui des conquêtes territoriales des Rois de France qui permirent la création d’un vaste ensemble pacifié et florissant. Conquêtes qui furent cependant, comme nous le savons, de trop courte durée.

Après avoir évoqué la situation de son époque et expliqué les raisons de l’échec de la SDN évoqué par Einstein, il reprend l’autre proposition de son illustre interlocuteur : celle de l’existence d’instincts destructeurs et de haine mis au service de l’excitation que provoque la guerre.

Elle vient rejoindre la thèse qu’il défend depuis 1921, conceptualisée dans l’un des ses ouvrages majeurs Au-delà du principe de plaisir, à savoir la cohabitation au sein de la psyché humaine de deux forces qui se livrent un combat sans merci : les pulsions au service de la vie, pulsions érotiques, sexuelles, Eros, terme qu’il emprunte à Platon dans Le Banquet et celles au service de la mort, de la destruction, Thanatos, du nom de la divinité grecque de la mort. Transposition théorique ajoute t-il de l’antagonisme entre l’amour et la haine.

Ces deux pulsions sont nécessaires, précise t-il et leur « liaison » concourt à la préservation de l’existence humaine. De plus, la pulsion de mort, qui fait de nous des « êtres pour la mort » est aussi bien dirigée vers l’intérieur - elle est même pour Freud la condition de la naissance de la conscience - que, pour partie, vers l’extérieur, allégeant ainsi ses effets contre le sujet.

Il serait donc vain de vouloir supprimer le penchant humain à l’agression mais préférable de le canaliser. Et de proposer un programme minimum : « Mieux vaudrait s’efforcer, pour chaque cas particulier, d’affronter le danger avec les moyens qu’on a sous la main. »

Enfin, conclut-il : nous sommes pacifistes parce que nous n’avons pas le choix « organiquement »

Le processus de civilisation - de culture - qui se perpétue depuis des temps immémoriaux a permis de domestiquer des pulsions, et notamment sexuelles, afin de permettre son développement.  Au risque même de mener à l’extinction du genre humain par l’altération de ces mêmes pulsions sexuelles.

Il y a donc une modification psychique qui accompagne le processus culturel et qui implique que des satisfactions ressenties par nos aïeux autrefois nous sont aujourd'hui intolérables.

Et tout comme hier, la pulsion de mort, dans sa dimension extériorisée se déploie dans toute sa puissance. La scène du monde est celle de l’affrontement entre les hommes. Elle est indépendante de toute considération sociale, économique, culturelle, même si elle s’appuie sur une rationalisation toute fictive. Il s’agit encore une fois, comme le formulait Stefan Zweig à l’aube de la tragédie qui allait s’abattre sur l’Europe, de « l’ échec de la civilisation ».

Echec de la civilisation et non choc de civilisations. Lutte éternelle entre Eros et Thanatos, « les deux puissances célestes » : devant la possibilité acquise par l’homme de pourvoir à sa disparition, il convient, nous propose Freud « que l’Eros tente un effort pour s’affirmer contre son adversaire non moins immortel. Sans qu’il soit possible de préjuger du succès et de l’issue 2 »

 1. Alfred Einstein, Sigmund Freud Warum Krieg ? (Pourquoi la guerre ?) 1933, page 15 Diogenes 
 2. Sigmund Freud, Le malaise dans la civilisation, 1930 PUF page 107